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Minneapolis, Trump et le « seigneur des anneaux »

Vers des formes de plus en plus importantes d’auto-défense populaire. ML

24 JANVIER 2026 

par Fabrizio Burattini

Hier (vendredi 23 janvier), dans le Minnesotacomme déjà annoncé sur ce site, il y a eu « une sorte de grève générale » pour demander à l’ICE (et donc aux assassins de Renee Nicole Good) de quitter immédiatement la ville.Dans des conditions climatiques impossibles (certaines sources de presse parlent même de températures de -30 °C), 50 000 personnes se sont rassemblées lors d’une grande manifestation qui a envahi le centre-ville, exprimant leur colère contre Trump et ses tueurs qui persécutent les immigrants et tous ceux qui sont solidaires avec eux. (Ci-dessous, dans le post sur X d’un reporter, on peut voir des images éloquentes).

Le mouvement syndical et les associations de défense des droits des immigrés ont joué un rôle important dans l’organisation de cette journée.

Dans un contexte politique marqué par un Parti républicain complètement soumis à Trump et un Parti démocrate hésitant et intimidé, la population de Minneapolis a montré hier la voie de la résistance, à commencer par l’opposition à la campagne de terreur et d’épuration ethnique menée par l’ICE et la Border Patrol dans cette ville. La population de Minneapolis est largement mobilisée depuis des semaines, chaque rue a un observateur qui surveille l’ICE pendant la journée, et souvent plus d’un, des observateurs coordonnés, principalement via des chats cryptés Signal. Toute activité de l’ICE est immédiatement signalée, de sorte que chaque action criminelle de ces assassins est documentée par des observateurs qui tentent de les en empêcher.

Les observateurs filment ce qui se passe, essaient d’obtenir les noms de toutes les personnes enlevées et, d’une manière générale, créent des perturbations. Il n’y a pas un quartier où l’ICE puisse se rendre sans être immédiatement accueilli par des groupes d’habitants prêts à enregistrer et à entraver leurs actions, et à utiliser leurs sifflets pour attirer d’autres personnes. Comme tous les criminels, l’ICE préfère agir loin des regards du public et, s’il attire trop l’attention, il renonce souvent.

Les comparaisons entre l’ICE et ses actions et celles de la Gestapo nazie peuvent sembler hasardeuses, mais la véritable différence est que les actions de la police hitlérienne se déroulaient dans l’indifférence générale de la population allemande. Ce n’est pas le cas à Minneapolis.

La résistance a un prix. Parfois, certains citoyens sont arrêtés ou battus, Renée a été brutalement assassinée, mais les crimes et les abus ne font que renforcer la détermination de la ville.

Et en obligeant les gens à se battre pour leur sécurité et leur vie, l’ICE leur fait prendre conscience de leur force. De plus, la campagne terroriste de l’ICE a révélé l’enjeu. L’Amérique avait déjà de nombreux problèmes, mais dans l’ensemble, elle était l’une des sociétés les plus riches et les plus privilégiées qui aient jamais existé, malgré les terribles inégalités, un système de santé dysfonctionnel et des transports publics médiocres… Mais aujourd’hui, tout le monde sait que cette richesse et la relative « tranquillité » qu’elle impliquait n’ont pas empêché une ville florissante comme Minneapolis d’être occupée par des milliers de criminels fascistes. Cela a conduit de plus en plus de « gens ordinaires » (comme Renée Good) à être prêts à risquer leur vie pour défendre leurs communautés contre le terrorisme fasciste.

Il y a de nombreuses années, l’opinion publique a réagi avec indignation et mépris aux méfaits de Richard Nixon (le « scandale du Watergate », une affaire que nous pourrions aujourd’hui considérer comme insignifiante face aux actions de Donald Trump), car la loi interdisait même au président de fouiller dans les papiers de ses opposants. Mais au fil des ans, cette fierté et cette dignité se sont dissoutes dans une culture de corruption et d’impunité des élites, tandis que la pourriture se répandait et s’approfondissait, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier.

Aujourd’hui, cette fierté démocratique, voire humaniste, pourrait-on dire, est remise au goût du jour à Minneapolis. Et Minneapolis n’a pas été seule. Hier, des manifestations de solidarité ont eu lieu dans d’autres villes des États-Unis. À New York, une grande manifestation a été organisée par certains syndicats. À Los Angeles, une ville qui a récemment contraint Trump à retirer la Garde nationale, les syndicats ont appelé à une action de solidarité. D’autres actions de solidarité ont eu lieu à Boston, Détroit, Philadelphie, Atlanta, Newark, Kansas City, West Palm Beach, San Francisco, etc.

Partout, les slogans étaient les suivants : « Abolissons l’ICE ! », « Fermons tous les centres de détention », « Mettons en prison le meurtrier de Renée et tous les policiers assassins », « Mettons fin à la terreur de l’ICE »…

Ce qui est clair, c’est que la résistance à l’ICE à Minneapolis, avec un rôle clair des travailleurs et des travailleuses, a changé le débat.

Un personnage de la saga du Seigneur des anneaux disait : « Il y a du bon dans ce monde ; il est juste de se battre pour cela ».

Traduction ML