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Où mèneront les manifestations en Iran en 2026 ?

Un article dans New Politics de Frieda Afary à qui nous devons plusieurs communications publiées dans Adresses. ML

Les troubles s’intensifient et englobent désormais une grève générale kurde et la participation des minorités ethniques baloutches et azéries.

La dernière vague de manifestations en Iran a débuté le 28 décembre 2025 avec une grève des commerçant·es et boutiquier·es du bazar de Téhéran contre la dépréciation de la monnaie et l’effondrement économique national. Au 8 janvier, l’organisation iranienne de défense des droits humains HARANA fait état de 285 manifestations dans 92 villes de 27 des 31 provinces iraniennes. Au moins 36 personnes, dont quatre enfants, ont été tuées et 2 075 ont été arrêtées. 
(https://www.radiozamaneh.com/874142)
Après une violente attaque contre les manifestant·es par les forces gouvernementales dans l’État kurde et de Lur d’Ilam, dans l’ouest de l’Iran, la police a brutalement attaqué un hôpital où les blessé·es avaient été transporté·es pour y être soigné·es. D’autres hôpitaux ont également été attaqués. Depuis le 8 janvier, l’accès à Internet est coupé pour le grand public.

Jusqu’au 8 janvier, l’ampleur et la portée des manifestations nationales n’étaient pas encore aussi importantes qu’en 2019 et 2022, qui ont marqué le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Cependant, les troubles ont pris une ampleur considérable sous la forme de manifestations de rue et incluent désormais une grève générale kurde et la participation des minorités ethniques baloutches et azéries. Certain·es affirment que leur ampleur dépasse désormais celle du mouvement vert de 2009. 
Voir https://www.bbc.com/news/articles/cg7y0579lp8o
et https://www.radiozamaneh.com/874215.

Une étude des slogans utilisés lors des manifestations au cours des 8 premiers jours (https://www.radiozamaneh.com/873896) a montré que, contrairement aux événements de  2019 et 2022 qui avaient un fort contenu pro-démocratique et des slogans défendant les droits des femmes, la dernière vague s’est principalement concentrée sur des slogans s’opposant au régime iranien à travers ses personnifications telles que les mollahs (religieux) et l’ayatollah Khamenei, le « guide suprême ». Peu de slogans identifient le régime comme un système. Les slogans monarchistes sont également plus répandus et appellent à l’arrivée au pouvoir de Reza Pahlavi, le fils du dictateur, le roi Mohammad Reza Pahlavi, qui a été renversé par la révolution de 1979.

Dans diverses entretiens au cours de la dernière décennie, Reza Pahlavi a déclaré sans ambiguïté qu’il gracierait les membres du CGRI (l’armée iranienne et le plus grand détenteur de capitaux du pays) s’ils collaboraient avec lui (www.radiozamaneh.com/873450). Reza Pahlavi bénéficie également du soutien de l’administration Trump aux États-Unis et du gouvernement Netanyahu en Israël, qui ont été impliqués dans la guerre destructrice de douze jours contre le gouvernement iranien en juin 2025. Trump a déclaré que les États-Unis étaient prêts à mener une nouvelle intervention militaire en Iran.
https://www.nytimes.com/2026/01/02/world/middleeast/trump-iran-protests.html?searchResultPosition=1

La récente invasion du Venezuela par son administration a consisté à renverser le dictateur Maduro tout en maintenant intact le régime répressif vénézuélien. De la même manière, il pourrait conclure des accords avec le CGRI en Iran.

Diverses organisations de travailleurs, de femmes kurdes, d’écrivain·es, d’étudiant·es universitaires et de prisonnier·es politiques ont publié des déclarations publiques dans lesquelles elles expriment leur opposition à la République islamique, au retour de la monarchie et à toute intervention militaire étrangère. Voir: https://www.radiozamaneh.com/873877
et https://www.radiozamaneh.com/874031

Selon Mohammad Reza Nikfar, philosophe iranien et ancien rédacteur en chef de Zamaneh Media (https://www.radiozamaneh.com/873869), l’Iran est confronté à une situation dangereuse dans laquelle la forme actuelle de tyrannie pourrait être remplacée par une nouvelle forme de tyrannie. Il appelle la population à ne pas succomber à la haine et à l’irréflexion. Il est essentiel d’avoir une vision positive qui s’oppose à la fois à la République islamique et à la monarchie, ainsi qu’à toute intervention militaire ou toute forme de tyrannie. Nikfar propose donc un programme en positif avec des exigences minimales basées sur la Déclaration universelle des droits humains. Les exigences minimales qu’il propose comprennent la liberté d’expression, de presse et de réunion, la libération des prisonnier·es politiques, la fin de la peine de mort, l’abolition des lois rendant obligatoire le port du hijab, l’abolition de la discrimination à l’égard des femmes et des minorités ethniques ou religieuses, l’égalité des sexes, la séparation de la religion et de l’État, la suppression des liens entre l’armée et l’économie, la création de programmes de lutte contre la pauvreté et la démocratisation du système éducatif. Il appelle également à prendre clairement position contre le programme nucléaire iranien et ses interventions militaires au niveau régional et mondial.

Reste à voir si toutes ces revendications seront adoptées et défendues par les organisations de la société civile iranienne.

Frieda Afary, 8 janvier 2026
https://newpol.org/where-are-irans-protests-going-in-2026/
Traduit par DE