International, Politique et Social

Le néo-impérialisme de Trump et la lâcheté de l’Europe

par Cinzia Sciuto du site MicroMega (Italie)

Lorsque nous nous sommes réveillés samedi dernier avec la nouvelle de l’attaque américaine contre le Venezuela et de la capture de Maduro, nous pensions que ce serait le choc principal de la journée. Nous nous trompions.

Le choc encore plus grand est survenu quelques heures plus tard, à la lecture des réactions européennes qui arrivaient peu à peu. À quelques exceptions près (Pedro Sanchez « L’Espagne n’a pas reconnu le régime de Maduro. Mais elle ne reconnaîtra pas non plus une intervention qui viole le droit international et pousse la région vers un avenir d’incertitude et de bellicisme » ; le ministre français des Affaires étrangères Barrot, qui n’est toutefois pas particulièrement soutenu par Macron : « L’opération militaire qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro viole le principe de non-recours à la force, qui est à la base du droit international », les réactions ont été au mieux timides, ambiguës, embarrassées, craintives, au pire (comme dans le cas italien) complètement serviles.

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, invite tout simplement à la « modération », le chancelier allemand Merz prend le temps d’examiner le statut juridique de l’intervention américaine car la situation est « complexe », tout comme le Premier ministre britannique Starmer qui se contente de dire qu’il n’y a eu aucune implication du Royaume-Uni. Certes, personne n’atteint le niveau de servilité de notre présidente du Conseil, qui s’empresse de qualifier l’intervention américaine de « légitime », la considérant comme « défensive contre les attaques hybrides contre sa propre sécurité, comme dans le cas d’entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue ».

Pourtant, le problème est ici d’une simplicité déconcertante. Il est tout à fait superflu – et surtout hors de propos – de rappeler la nature autoritaire, répressive et corrompue du régime de Maduro. Une opération militaire extra-territoriale sans aucun mandat d’un organisme international reste illégale, même si la cible est un dictateur. C’était le cas en Irak contre Saddam Hussein, c’était le cas en Afghanistan contre les talibans. Et ce n’est pas parce que Hussein ou les talibans étaient de sincères démocrates. Comme nous le répétons désormais de manière quasi obsessionnelle dans ces pages, le droit – et le droit international ne fait pas exception – ne s’applique pas de manière discrétionnaire. Cela ne signifie en aucun cas rester indifférent ni cautionner les régimes autoritaires : soutenir les mouvements démocratiques et les dissidents du Venezuela à l’Iran, de la Russie à la Chine, est le devoir de tout démocrate, car la démocratie ne fonctionne pas dans un seul pays. Mais cela ne peut signifier qu’il soit acceptable qu’un pays (qui, soit dit en passant, s’engage lui-même rapidement sur la voie de l’autoritarisme) recoure unilatéralement à la force contre un autre.

Il suffisait d’ailleurs d’attendre quelques heures et d’écouter en direct le président américain lors d’une conférence de presse pour se rendre compte que la démocratie au Venezuela est le dernier des problèmes de Trump, qui a laissé entendre sans trop de détours que la seule chose qui l’intéresse, ce sont les accords sur le pétrole : peu importe que ce soit un régime démocratique ou non qui les conclue.

Et comme beaucoup considèrent l’appel à la légalité comme un exercice naïf pour les belles âmes et qu’il semble qu’aujourd’hui seul le soi-disant « réalisme » politique doive prévaloir, ajoutons : le respect du droit international n’est pas seulement un principe de justice. C’est une garantie de sécurité pour tous. En effet, la logique de la puissance ne s’arrête devant rien. Et il ne faut pas être un grand analyste pour le comprendre, il suffit d’écouter les autocrates et de les prendre au sérieux, de Trump à Poutine.

Moins de 48 heures après l’attaque contre le Venezuela, le président des États-Unis a menacé, entre autres, le Groënland, tandis que Katie Miller, figure de proue de l’entourage trumpien avec son mari Stephen Miller, publiait une carte du Groënland aux couleurs des États-Unis. Que trouveront les dirigeants européens lorsque Trump attaquera le Groenland parce qu’il « en a besoin » ? Kaja Kallas invoquera-t-elle à nouveau la modération ? Merz et Starmer auront-ils encore besoin de temps pour évaluer la complexité de la situation ? Giorgia Meloni considérera-t-elle également cette intervention comme légitime ? La déclaration commune par laquelle Meloni, Macron, Merz, Tusk, Sánchez, Starmer et Frederiksen réaffirment la souveraineté danoise sur le Groenland semble franchement être le minimum syndical.

Pour l’Union européenne, défendre le droit international sans double standard est une question de survie. L’Europe n’est pas une puissance militaire. Le seul véritable capital politique qui lui reste est le droit. Y renoncer, c’est renoncer à tout rôle autonome sur la scène mondiale. Et s’exposer (encore plus que nous ne le sommes déjà) au risque d’être phagocytée par les nouveaux impérialismes qui soufflent de l’est et de l’ouest.

Traduction ML