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Venezuela, les États-Unis prennent le contrôle du territoire et du gouvernement

4 JANVIER 2026  sur le Site “Refrattario e Controcorrente”

par Luis Bonilla Molina, Vénézuélien, président du Comité directeur du Conseil latino-américain des sciences sociales (CLACSO), membre de la Campagne latino-américaine pour le droit à l’éducation (CLADE), de l’Association latino-américaine de sociologie (ALAS), de la Fondation Kairos et de la Société ibéro-américaine d’éducation comparée (SIBEC)

L’ensemble du système juridique international s’est effondré le 3 janvier 2026. L’intervention militaire des États-Unis au Venezuela, l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, ainsi que l’annonce de plans visant à mettre en place un gouvernement soutenu par les États-Unis, remontent à l’ère coloniale et au principe de la loi du plus fort. L’Amérique latine a subi une atteinte à sa dignité et à sa souveraineté qui ne guérira pas facilement.

La relance de la doctrine Monroe avec son corollaire Trump confirme que les États-Unis sont entrés dans une nouvelle phase d’agression contre les territoires riches afin de s’en emparer, et qu’aucun peuple de la région ne sera épargné par cette orientation.

Le dirigeant de la nation la plus puissante du monde vient d’avouer qu’aux premières heures de ce matin, il a utilisé 20 bases, lancé une attaque avec 150 avions, hélicoptères d’attaque et drones de dernière génération pour soumettre le gouvernement vénézuélien, massacrer des troupes et des civils et instaurer un nouveau modèle de coup d’État ouvertement dirigé par la Maison Blanche, en utilisant sa puissance navale, aérienne et de feu. Pour ceux qui pensaient qu’il ne s’agissait que de fanfaronnades, l’ère de la domination territoriale continentale par les États-Unis a commencé. Les mots de Trump ont été précis : « Le Venezuela doit comprendre que ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à quiconque fait de même ».

« Les États-Unis dirigeront la transition jusqu’à ce que le pays soit sur la bonne voie, ce qui profitera à la population », telle est la déclaration néocoloniale inacceptable de Trump. Ni Maduro, ni Delcy Rodríguez, ni María Corina Machado, ni Edmundo González Urrutia ne sont considérés comme des personnalités nationales ayant suffisamment de mérites pour entreprendre la transition néocoloniale. Trump a plutôt proposé qu’un groupe de « bonnes personnes », choisies par eux, gère la transition. En d’autres termes, le « Made in the USA », soumis et inconditionnel, sera certainement celui qui la promouvra.

Mais cela ne s’arrête pas là. Donald Trump a également annoncé que Cuba serait dans l’œil du cyclone, ce à quoi Marco Rubio (fils d’exilé cubain NdT) a ajouté : « Si je vivais à La Havane, je serais inquiet ». En d’autres termes, serrer les rangs pour défendre la souveraineté vénézuélienne est le moyen de garantir la souveraineté de toute la région. Seule une Amérique latine unie peut faire face à l’offensive néocoloniale américaine.

Il est certain que María Corina Machado, une extrémiste de droite qui a soutenu le génocide à Gaza et s’est rangée du côté des illibéraux du monde entier, a été, jusqu’à présent, le cheval de Troie des récentes administrations américaines. Bien que María Corina Machado, comme l’a déclaré Trump, ne jouisse pas du respect de tout le peuple vénézuélien et que sa rhétorique vise à approfondir la polarisation et la division du peuple vénézuélien, ce n’est pas cela qui préoccupe les États-Unis. C’est plutôt la possibilité que son leadership puisse à un moment donné entrer en conflit avec l’agenda néocolonial qu’ils veulent imposer. La faire taire brutalement, comme l’a fait Trump, exprime la détermination des États-Unis à empêcher tout leadership populaire de diriger le gouvernement et l’État vénézuéliens. Ils ont besoin de gouvernements faibles, sans aucun lien organique avec les masses, qui ne puissent jamais s’opposer aux politiques néocoloniales américaines.

Trump a menacé que l’attaque militaire contre le Venezuela, qui a commencé à 2 heures du matin le 3 janvier, pourrait se reproduire à tout moment si les restes du régime Maduro n’acceptent pas rapidement une transition néocoloniale. La vice-présidente Delcy Rodríguez a répondu en affirmant que le seul président du Venezuela est Nicolás Maduro, qui a été enlevé, créant ainsi un dangereux vide du pouvoir, puisque le Venezuela a passé les dernières heures sans président en exercice. Les prochaines heures seront cruciales pour déterminer l’évolution des événements.

L’enlèvement de Maduro et la succession présidentielle

Selon Donald Trump et son gouvernement, qui mène une guerre contre le Venezuela, la capture et l’enlèvement de Maduro – pour lesquels il n’existe aucune base légale – étaient une opération planifiée depuis plusieurs mois, combinant le travail de renseignement d’agences telles que la CIA et des opérations sur le terrain de l’armée américaine. Une fois la résidence de Maduro localisée, ses gardes ont été neutralisés, lui et sa femme ont été arrêtés et emmenés hors du pays. Le système judiciaire américain sera chargé de son procès.

L’enlèvement de Maduro crée un vide du pouvoir qui doit être comblé en activant la ligne de succession. La Constitution de 1999 stipule que l’absence temporaire ou permanente du président doit être comblée par la vice-présidente, en l’occurrence Delcy Rodríguez. S’il s’agit d’une absence permanente, cette dernière devrait prêter serment en tant que présidente afin de convoquer des élections dans les 30 jours. Si, en revanche, elle assume la présidence à la suite d’une absence temporaire, elle peut occuper ce poste pendant 90 jours, prolongeables de 90 jours supplémentaires, ce qui signifie qu’elle pourra diriger le gouvernement pendant six mois. Seize heures après que le Venezuela se soit retrouvé sans président capable d’exercer ses fonctions, la succession présidentielle permanente n’avait toujours pas été activée, mais il n’était pas non plus fait mention d’une absence temporaire, ce qui a créé une situation dangereuse d’ingouvernabilité et un vide du pouvoir.

Les événements

Les opérations ont commencé à 2 heures du matin, heure locale et se sont terminées à 3 h 29 du matin le 3 janvier 2026. Pendant cette période, des drones d’avions de pointe, des drones lance-missiles, des hélicoptères d’attaque et des troupes spécialisées dans les opérations chirurgicales ont survolé l’espace aérien de Caracas en toute impunité. La résistance militaire locale a été minime. Alors que toute la population s’interrogeait sur la situation au palais du gouvernement, connu sous le nom de Miraflores, Maduro a été capturé et retenu prisonnier dans une maison fortifiée dotée d’un bunker, qui lui servait de résidence dans une partie de la base militaire de Tiuna. L’action des États-Unis constitue une violation flagrante des articles 1 et 2 de la Charte des Nations unies, qui garantissent l’inviolabilité de la souveraineté et l’égalité juridique des États, interdisant le recours à la force pour dominer ou annexer des territoires.

Un élément surprenant dans l’analyse de l’attaque américaine est la résistance précaire, voire inexistante, des forces armées vénézuéliennes. Pendant une heure et demie, les avions américains ont agi en toute impunité, attaquant des cibles prédéterminées, et c’est l’équipe de Trump qui a annoncé quelques heures plus tard qu’un seul avion avait été touché mais qu’il avait néanmoins réussi à regagner sa base.

Des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux, présentées comme de la contre-information, affirmant qu’il s’agissait d’un coup d’État interne et que le ministre de la Défense avait été tué. Tôt dans la matinée, Vladimir Padrino, chef du ministère des Forces armées, est réapparu vivant, confirmant l’attaque américaine avec des missiles et des roquettes lancés depuis des hélicoptères, des drones et des avions américains. Il a précisé que l’attaque s’était étendue aux États de Miranda, Aragua et La Guaira, sans fournir de statistiques sur les victimes ou les blessés. Quelques instants plus tard, le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Diosdado Cabello, est apparu et a déclaré qu’il n’y avait pas eu de problèmes d’ordre public à la suite des attaques et que les services de base fonctionnaient sans problème, malgré des coupures de courant signalées dans certaines zones de Caracas.

À 3 h 54 du matin, le gouvernement bolivarien a publié une déclaration officielle rejetant l’agression militaire perpétrée par l’administration Trump contre le territoire vénézuélien, mais omettant toute information sur la position de Nicolás Maduro Moros. Il convient de noter que, contrairement aux lenteurs bureaucratiques auxquelles le gouvernement vénézuélien nous a habitués, cette déclaration a été publiée en un temps record.

À 5 h 20 du matin, le ministre de la Défense Vladimir Padrino López a publié une déclaration dans laquelle il réaffirmait son soutien au décret sur l’état d’urgence déclaré sur tout le territoire vénézuélien. Non seulement il n’a pas fait état de ce qui était arrivé au président, mais il a également réaffirmé son obéissance indéfectible à Maduro lui-même, qui avait déjà été déporté aux États-Unis.

Il était 5 h 40 lorsque l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Traité commercial des peuples(ALBA-TCP) a publié une déclaration condamnant l’agression militaire américaine contre le Venezuela.

Il était environ 6 heures du matin lorsque le président cubain Miguel Díaz-Canel a publié une déclaration condamnant l’attaque militaire contre le Venezuela. Plus tard, le président colombien Gustavo Petro a également condamné l’attaque perpétrée par les États-Unis contre le Venezuela.

À 6 h 23, la vice-présidente Delcy Rodríguez a demandé la preuve que le président Maduro était en vie, reconnaissant qu’il avait été enlevé lors d’une opération militaire américaine. Quelques minutes plus tard, le gouvernement turc, allié de Maduro, a exprimé son soutien à la République bolivarienne du Venezuela.

À 6 h 46, il a été rapporté que le ministère vénézuélien des Affaires étrangères avait demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. Quelques minutes plus tard, le Kremlin a condamné l’agression américaine contre le Venezuela.

À 8 h 12, le procureur général vénézuélien Tareck William Saab a demandé à l’administration Trump de prouver que le président Maduro était en vie. Huit minutes plus tard, le ministre brésilien des Affaires étrangères, au nom du gouvernement brésilien, a fermement condamné l’agression militaire américaine contre le Venezuela.

À 8 h 39, le Premier ministre britannique Keir Starmer a précisé que Londres n’avait « en aucune façon participé » à l’opération.

À 8 h 47, l’Uruguay a rejeté l’intervention militaire américaine, en violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations unies. Cinq minutes plus tard, on a appris que le ministre espagnol des Affaires étrangères tenait des réunions d’urgence sur la situation au Venezuela avec de hauts représentants de l’Union européenne.

À 8 h 57, le gouvernement mexicain a publié une déclaration condamnant les actions militaires menées unilatéralement au cours des dernières heures par les forces armées des États-Unis d’Amérique contre des cibles situées sur le territoire de la République bolivarienne du Venezuela. Quelques minutes plus tard, le président Luiz Inácio Lula da Silva a remis en question l’opération militaire de Trump, affirmant que les Américains dépassaient une limite inacceptable.

À 9 h 30, la procureure générale des États-Unis, Pamela Bondi, a annoncé que le président Maduro serait jugé aux États-Unis, devant des juges et des tribunaux américains. Dans les heures qui ont suivi, des gouvernements comme ceux de la Russie, de la Chine, de l’Afrique du Sud, de la Colombie et de la CARICOM (communauté caribéenne NdT) ont exercé des pressions diplomatiques, condamnant l’attaque et demandant le retour à la justice internationale.

Dans l’après-midi, la vice-présidente Delcy Rodríguez a publié une déclaration, accompagnée du haut commandement militaire et de représentants des autorités publiques, dans laquelle elle réaffirmait que Nicolás Maduro était le président du Venezuela, accélérant ainsi la dangereuse voie vers un vide du pouvoir. Cependant, ce soir-là, Delcy Rodríguez a prêté serment devant la Cour suprême de justice en tant que présidente par intérim, comblant ainsi un poste vacant temporaire. Cela lui permet de diriger le pouvoir exécutif pendant 180 jours, soit plus que le mois nécessaire pour organiser et tenir de nouvelles élections.

L’agression va se poursuivre

La conférence de presse du président américain s’est tenue à 12h45, heure vénézuélienne. Les points centraux abordés par Trump ont été les suivants :

a) Il a reconnu la capture de Maduro, avec lequel une négociation était en cours pour une transition, mais selon le président, les pourparlers étaient dans l’impasse ;

b) Il a déclaré que si un accord de transition n’était pas conclu rapidement avec les autorités vénézuéliennes, les États-Unis lanceraient une attaque beaucoup plus meurtrière contre le pays, ce qui signifie que les actions du 3 janvier n’étaient que le début, et non la fin, du conflit par des moyens militaires ;

c) Il a annoncé la décision des États-Unis de garder le contrôle de la situation vénézuélienne, en maintenant le blocus naval et en promouvant un gouvernement de « personnes courageuses » qui répondraient à l’équipe qu’il dirige, accompagnée des secrétaires à la Guerre et à la Sécurité intérieure et des chefs d’état-major interarmées ;

d) María Corina Machado ne serait pas la figure de proue de la transition car, selon Trump, « il serait difficile pour elle d’être une leader. C’est une femme formidable, mais elle n’a pas le respect de son pays (…) » ;

e) Il a reconnu Delcy Rodríguez comme la prochaine personne avec laquelle discuter de la transition, et non pour la laisser au pouvoir ; à cet égard, il a déclaré : « Ils ont une vice-présidente choisie par Maduro (Delcy Rodríguez), qui est certainement présidente maintenant. Elle a parlé à Marco Rubio et a dit qu’ils feraient ce que nous disons. Elle ne veut pas faire les mêmes choses que Maduro »,

f) Les États-Unis continueront à contrôler la transition jusqu’à ce que le plein potentiel de l’industrie pétrolière soit rétabli et que la « reprise du pays » soit en cours.

La conférence de presse de Trump est une déclaration sur la situation néocoloniale du Venezuela, la perte de souveraineté territoriale et politique et l’appropriation des richesses vénézuéliennes (en particulier des ressources énergétiques) avec la demande incohérente de restitution des terres volées, qui n’ont jamais appartenu à l’Amérique du Nord.

La conférence de presse de Donald Trump ce samedi 3 janvier marque le lancement concret et tangible de sa stratégie de sécurité nationale qui considère l’ensemble du continent (hémisphère occidental) comme une extension de ses frontières impériales.

Des questions qui appellent des réponses

Plusieurs doutes planent dans l’air, posés comme des interrogations dont les réponses permettront une analyse plus approfondie dans les jours à venir.

  • Pourquoi le soutien militaire et sécuritaire du président Maduro a-t-il échoué de manière aussi catastrophique ?
  • Pourquoi la réponse militaire aux opérations américaines a-t-elle été si faible, voire inexistante ?
  • Qui tirerait profit d’une transition sans Maduro ou María Corina Machado ?
  • Pourquoi le gouvernement est-il resté silencieux pendant tant d’heures au sujet de l’enlèvement de Maduro ?
  • Assistons-nous à un transfert de pouvoir vers une junte civile-militaire négocié entre les autorités gouvernementales actuelles et l’administration Trump ?
  • Si cette négociation échoue, allons-nous entrer dans une longue campagne militaire pour écraser le régime de Maduro ?
  • L’ingérence des États-Unis, tant que la situation dans le pays ne se sera pas normalisée, entraînera-t-elle la création de bases militaires sur le sol vénézuélien ?

Nous espérons répondre à certaines de ces questions dans les prochains articles.

La réaction populaire

La vice-présidente Delcy Rodríguez, présidente par intérim selon l’ordre de succession constitutionnel, a lancé un appel à la mobilisation populaire pour défendre le président Maduro et le gouvernement bolivarien.

Contrairement à ce qui s’était passé lors du coup d’État de 2002 contre Chávez, cette fois-ci, près de 24 heures après le début des hostilités de la part de l’administration Trump, cet appel à manifester dans la rue en soutien à Maduro n’a pas trouvé d’écho auprès de la population. Seuls de petits rassemblements d’une centaine de personnes chacun ont été diffusés par la télévision gouvernementale. Le sentiment anti-impérialiste n’est pas répandu et, au contraire, il existe de larges couches de la population pour lesquelles le sentiment anti-Maduro est le moteur de leurs actions.

S’il est essentiel de donner la priorité à l’anti-impérialisme et de dénoncer l’ingérence des États-Unis dans les affaires vénézuéliennes, il est également essentiel de souligner que ce sentiment de nationalisme frustré chez une partie importante de la population résulte des erreurs désastreuses du gouvernement Maduro. Maduro a choisi d’abandonner le programme social populaire soutenu par Chávez, mettant en œuvre des politiques néolibérales sous le couvert d’une rhétorique de gauche. Il est l’artisan de l’érosion du sentiment anti-impérialiste au Venezuela, un phénomène qui a fini par consumer son propre créateur.

Que faire ?

Les secteurs démocratiques, progressistes, de gauche et révolutionnaires doivent construire une alliance mondiale large et diversifiée qui place l’anti-impérialisme et la lutte pour la souveraineté et l’autodétermination des peuples comme priorité mondiale à l’ère du trumpisme et de sa doctrine de sécurité nationale.

Il est temps de donner la priorité à un terrain d’entente ; en ce sens, nous soutenons l’appel lancé par de larges secteurs au niveau international pour se réunir virtuellement le 10 janvier afin de lancer une plateforme anti-impérialiste mondiale.

Face à l’offensive néocoloniale nord-américaine, la souveraineté est défendue en promouvant des alliances multiformes qui soutiennent le droit des peuples à décider de leur propre destin.

Traduction ML