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Aux côtés du peuple vénézuélien contre l’attaque impérialiste des Etats-Unis. (Appels et textes)

Les États-Unis ont attaqué le Venezuela.

3 JANVIER 2026 ANDREA MARTINI

Refrattario e controcorrente 

La situation est encore confuse, l’état d’urgence a été déclaré dans le pays et il semble que Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores aient été arrêtés par les commandos américains. (sur la photo ci-dessus, une image de Caracas bombardée pendant la nuit)

Cette nuit (entre le 2 et le 3 janvier), une série de puissantes explosions a secoué les infrastructures du Venezuela. Des hélicoptères américains ont été aperçus au-dessus de la capitale Caracas, tandis que des colonnes de fumée s’élevaient dans la partie sud de la ville. Cette attaque directe contre le territoire vénézuélien fait suite à des mois d’actes de piraterie criminelle perpétrés par la marine et l’armée de l’air américaines contre des bateaux de petite et grande taille, qui ont fait plus de 100 morts, le tout sous prétexte de « lutte contre le trafic de drogue ».

Après une série de messages visant à nier ce qui se passait, Trump a confirmé, dans un tweet habituel, l’opération au Venezuela et a confirmé que l’armée américaine avait arrêté Maduro et l’avait emmené hors du pays. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que le président vénézuélien serait jugé aux États-Unis. Des sources de CBS affirment que l’opération visant à capturer Maduro a été menée par du personnel militaire américain appartenant à l’unité d’élite des forces spéciales, la « Delta Force ».

Le journal vénézuélien Efecto Cocuyo, que nous avons consulté, confirme tous ces faits.

Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Diosdado Cabello, a semblé vouloir dédramatiser la situation tôt dans la matinée, lorsqu’il a demandé aux Vénézuéliens de rester calmes et de faire confiance au haut commandement politique et militaire pour gérer « la situation que nous traversons ». Il a déclaré : « Ne facilitons pas la tâche à l’ennemi. Ce n’est pas la première fois qu’ils pensent pouvoir nous vaincre ». Il a demandé à la « communauté internationale » de se prononcer sur les faits.

La vice-présidente Delcy Rodríguez a demandé aux États-Unis de prouver que le président était vivant et a déclaré l’état d’urgence, condamnant la « très grave agression militaire » des forces armées américaines.

Venezuela. Trump se range aux côtés de Poutine et Netanyahu.

par Fabrizio Burattini

L’ agression de l’armée de Washington contre le Venezuela constitue une nouvelle violation de ce qui reste du « droit international » et de la Charte des Nations unies, en particulier des articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté et de l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force.

Après des années de crise de l’agressivité impérialiste, crise qui s’est manifestée par l’échec retentissant de la deuxième guerre du Golfe et de l’invasion américaine de l’Afghanistan (qui a abouti au retrait des Américains en août 2021), en 2014, avec l’annexion de la Crimée et la provocation des groupes séparatistes dans le Donbass ukrainien, Poutine a lancé une nouvelle phase de guerres impérialistes qui ont progressivement enflammé à nouveau le monde, avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, puis le génocide israélien à Gaza, l’agression sioniste au Liban et le bombardement de l’Iran. Aujourd’hui, Trump se joint à ses acolytes Netanyahu et Poutine, avec l’agression ouverte contre le Venezuela, après des mois d’encerclement et d’actes de piraterie.

Tout comme l’opération spéciale de Poutine en Ukraine et le massacre de Netanyahu à Gaza, l’agression contre le Venezuela tente également de trouver des prétextes (les « nazis » de Kiev, le 7 octobre du Hamas, aujourd’hui la lutte contre le trafic de drogue, prétendument favorisé par le régime de Maduro). En réalité, toutes ces opérations révèlent leur caractère colonial et impérialiste, visant à opprimer les peuples qui n’acceptent pas la volonté des « grands », qu’il s’agisse du soi-disant « Occident » ou des héritiers de l’empire tsariste.

Autrefois, les « grands » prétendaient massacrer pour défendre la « démocratie ». Aujourd’hui, ils pensent ne plus avoir besoin d’utiliser ce prétexte hypocrite et manifestent clairement leur volonté de s’emparer des ressources territoriales et matérielles jugées stratégiques pour leurs intérêts, en particulier, dans le cas du Venezuela, le pétrole et les minéraux. Même le « changement de régime » que Trump a plusieurs fois envisagé pour le Venezuela n’aura rien à voir avec la démocratie.

Au contraire, la destitution de Maduro transformera injustement le président vénézuélien en héros et obligera l’opposition démocratique et de gauche (y compris de nombreux anciens partisans d’Hugo Chavez qui s’opposaient à Maduro) à faire front commun avec les forces du régime qu’ils combattaient, pour défendre la « souveraineté nationale ».

Pourquoi condamner l’agression des États-Unis contre le Venezuela ?

Texte de

Le matin du 3 janvier marque le début d’une vaste offensive contre la démocratie et la paix relative des peuples d’Amérique latine – et bien au-delà.

Les événements en Venezuela, où, après une opération militaire étasunienne, le président Nicolas Maduro a été capturé et l’état d’urgence avec mobilisation a été déclaré, sont une nouvelle manifestation de l’intensification de la confrontation impérialiste, dont les conséquences seront ressenties par des millions de personnes à travers tout le continent.

Les actions de l’administration de Donald Trump ne peuvent être considérées comme un incident isolé ou une « réponse forcée » à la crise. Comme auparavant – des bombardements de petits navires dans les Caraïbes et l’océan Pacifique au blocus sanctionné – il s’agit d’une démonstration de force et de la volonté totale des États-Unis de recourir à la violence sans procès, sans enquête et sans aucun respect du droit international. Des prétextes tels que la lutte contre le trafic de drogue et les cartels sont utilisés pour légitimer l’agression. La part du trafic de drogue transitant par le territoire vénézuélien représente un pourcentage négligeable par rapport à d’autres pays de la région et aux voies maritimes.

Les excuses invoquant la lutte contre un « gouvernement lié aux cartels de la drogue » semblent particulièrement cyniques dans le contexte de la récente amnistie accordée par Trump à l’ancien président hondurien de droite Hernández, condamné à une lourde peine pour son implication dans le trafic de cocaïne, mais il a été libéré afin d’aider ses alliés lors des dernières élections. Comme dans le cas de la « lutte contre le terrorisme », l’objectif réel n’est pas la protection, mais le contrôle des ressources pétrolières et minérales et la mise en place d’un régime loyal à Washington.

Dans le même temps, il faut appeler les choses par leur nom : le régime de Nicolás Maduro est autoritaire, répressif et profondément corrompu. Il n’a rien à voir avec la démocratie socialiste, même s’il se cache derrière l’héritage d’Hugo Chávez et la rhétorique bolivarienne. Avec les sanctions destructrices des États-Unis, c’est précisément la politique du gouvernement Maduro qui est responsable de l’effondrement économique, de la catastrophe sociale, des exécutions extrajudiciaires, de la malnutrition et de l’émigration massive de millions de Vénézuélien·nes. Les dirigeants maduristes ont réduit à néant les acquis des mouvements de masse et les programmes sociaux de l’époque de Chávez, discréditant ainsi l’idée de gauche dans la région. Parasitant la population, le régime se maintient grâce aux forces de sécurité, à la restriction des libertés et au soutien extérieur, principalement de la Russie.

C’est précisément le Kremlin qui est devenu l’un des principaux alliés de Caracas dans le maintien d’un modèle autoritaire de pouvoir. Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, s’est rendu à plusieurs reprises au Venezuela, notamment en avril 2023, dans le cadre d’une tournée en Brésil, au Venezuela, au Nicaragua et à Cuba, dans le but de mobiliser le soutien politique à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Bien qu’il ne soit pas aussi détesté que Daniel Ortega, le traître de la révolution sandiniste au Nicaragua, le président Maduro a déclaré dès le début de l’invasion à grande échelle son « soutien total » à la Russie, et les institutions étatiques et les médias ont activement promu l’interprétation des événements par le Kremlin.

Cependant, identifier le régime de Maduro à la société vénézuélienne est une grave erreur.
Malgré une propagande massive, la plupart des Vénézuélien·nes n’ont pas adhéré aux discours pro-russes. Dès les premiers jours de l’invasion russe en Ukraine en 2022, les gens sont descendus dans la rue pour protester contre l’agression, dans un pays où les manifestations sont régulièrement criminalisées et dispersées. Les Vénézuélien·nes brandissaient des drapeaux ukrainiens, scandaient « Stop Poutine » et critiquaient ouvertement l’alliance de leur gouvernement avec le Kremlin.

Cette solidarité avec l’Ukraine a des racines profondes. Depuis l’époque de l’Euromaïdan, de nombreuses et nombreux Vénézuéliens considèrent la lutte ukrainienne comme proche et compréhensible : une lutte contre un pouvoir corrompu, le contrôle étranger et l’autoritarisme. La sympathie pour l’Ukraine ne provient pas seulement d’un sentiment anti-guerre, mais aussi d’un rejet de l’influence étrangère, qui est déterminante pour la survie du régime de Maduro, tout comme pour celle du régime de Vladimir Poutine – tous deux faisant l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale.

Depuis 1999, l’Ukraine et le Venezuela ont construit des relations amicales, qui ont commencé à se développer sous le ministre des Affaires étrangères ukrainien Boris Tarasyuk, qui a été reçu par le président vénézuélien de l’époque, Hugo Chávez. Il est à noter que le consul vénézuélien en Russie à l’époque de Chávez, José David Chaparro, a rejoint en 2022 la Légion internationale de défense territoriale de l’Ukraine et s’est occupé de la reconstruction des villes détruites par les troupes russes.

C’est pourquoi l’agression actuelle des États-Unis ne peut être justifiée, même par les critiques de Maduro. En proclamant dans sa récente « Stratégie de sécurité nationale » son intention de ramener l’Amérique latine et les Caraïbes au rôle de   arrière-cour » subordonnée, dans l’esprit de la « doctrine Monroe », l’impérialisme américain cherche à « nettoyer » la région de tout régime qui ne correspond pas à ses intérêts économiques et géopolitiques, tout en renforçant les forces d’extrême droite.

L’isolement du gouvernement progressiste colombien et les menaces qui pèsent sur un gouvernement similaire au Mexique, le renforcement de l’alliance avec le régime d’extrême droite en Argentine aux frais des contribuables étasunien·nes, le soutien aux revanchards néofascistes au Brésil, avec à leur tête Jair Bolsonaro, l’utilisation de la tristement célèbre méga-prison du régime répressif de Bukele au Salvador pour détenir les personnes expulsées des États-Unis — tout cela fait partie d’une stratégie visant à rétablir l’hégémonie de Washington en Amérique latine. Il est significatif que, lors du précédent mandat de Trump, les affaires vénézuéliennes aient été supervisées par le même Elliot Abrams, responsable de la formation, à l’époque de Reagan, des « escadrons de la mort » des dictatures anticommunistes, qui ont commis plus de 90 % des crimes des guerres civiles dans les États d’Amérique centrale, comme le massacre d’un millier d’habitant·es du village de Mosote au Salvador.

Un « changement de régime » imposé de l’extérieur ne fera qu’aggraver la catastrophe sociale. Tout comme la politique raciste de Trump à l’égard des réfugié·es vénézuélien·nes, cette guerre s’inscrit dans la continuité d’une politique de mépris de la vie humaine. Même si elle ne fait pas de victimes directes (l’invasion des Marines américains en 1989 pour renverser le dictateur et narcotrafiquant Noriega, qui était encore récemment un client de la CIA dans la lutte contre les mouvements révolutionnaires de la région, a fait au moins une centaine de mort·es parmi les civil·es), la déstabilisation extérieure entraînera de nouveaux bouleversements internes. 

De plus, l’arrivée au pouvoir de l’aile « trumpiste » de l’opposition représente également un danger. Tout comme Maduro est une caricature du socialisme, le cours ultra-droite et ultra-capitaliste de María Corina Machado, qui, après avoir reçu le prix Nobel de la paix, a souligné à plusieurs reprises qu’elle préférerait le remettre à Trump et soutiendrait son intervention contre son propre pays, est une caricature du mouvement démocratique. En revanche, l’opposition de gauche au madurisme, qui rassemble de plus en plus les dernier·es partisan·es déçu·es de la révolution bolivarienne, insiste sur l’inacceptabilité d’un scénario militaire et sur le fait que le sort du Venezuela doit être décidé par les Vénézuélien·nes elles et eux-mêmes, et non par les dirigeants impérialistes.

La lutte contre la dictature de Maduro et la lutte contre l’impérialisme américain ne sont pas contradictoires. Ce sont les deux faces d’un même conflit, dans lequel les peuples sont pris en otages par des jeux géopolitiques. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui de parler de solidarité avec la population vénézuélienne, la même solidarité que les Vénézuélien·nes ont manifestée envers l’Ukraine dans sa résistance à l’agression russe.

Le peuple vénézuélien lutte contre le joug impérialiste et est otage du régime prédateur de Maduro.

Venezuela, nous résistons nous aussi à l’impérialisme !
https://rev.org.ua/shho-ne-tak-z-napadom-na-venesuelu/Traduit par DE

Anche dall’Ucraina, no all’aggressione al Venezuela
https://andream94.wordpress.com/2026/01/03/anche-dallucraina-no-allaggressione-al-venezuela/

Déclaration de LI ANDERSSON (Finlande)

« Nous contrôlons le Venezuela »
La déclaration de Trump lors de la conférence de presse qui vient de se tenir est très inquiétante et marque un très mauvais début pour l’année 2026. La situation politique mondiale déjà instable est devenue encore plus instable lorsque le dirigeant autoritaire américain Trump a décidé de lancer une attaque militaire illégale contre le Venezuela et d’enlever le dirigeant du pays.

Je condamne cette action contraire au droit international et j’attends des dirigeants politiques finlandais et européens qu’ils prennent clairement position en faveur d’un système fondé sur des règles et contre cette attaque illégale.

Cette attaque illégale soulève une question de principe similaire à celle qui se posait lors des récentes frappes américaines contre l’Iran. Maduro est un dictateur, le Venezuela connaît une grave crise humanitaire et de nombreuses personnes, dont moi-même, souhaitent voir un changement démocratique dans le pays le plus rapidement possible.
Cependant, la fin ne justifie pas les moyens. À une époque où les dirigeants autoritaires remettent en cause le système fondé sur des règles et où le droit international est plus que jamais remis en question, on ne peut fermer les yeux sur des violations flagrantes du droit international. Que dirions-nous si Trump s’en prenait ensuite au Groenland ?
Quant aux intentions de Trump, il est clair qu’il est prêt à recourir à la force militaire et à une guerre d’agression illégale pour promouvoir ses propres objectifs politiques. En outre, il s’agit également d’intérêts économiques, comme nous l’avons vu dans le cas de la politique de Trump envers l’Ukraine ou, actuellement, en ce qui concerne le pétrole vénézuélien.
Les actions de Trump relèvent d’un impérialisme impitoyable qui est dangereux pour l’ensemble de la communauté internationale. De plus, l’histoire nous a montré à maintes reprises que les États-Unis échouent lorsqu’ils tentent d’imposer la démocratie par la force.
L’Europe et la Finlande ne peuvent pas dépendre d’un tel acteur dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité. Tout financement doit être détourné de l’industrie américaine de l’armement, et l’Europe doit créer dès que possible une architecture de sécurité qui lui permette d’agir indépendamment des États-Unis.