Mardi 26 août 2025 / DE : VLADO SESTOVIC

Sandro Gozi, député européen Renaissance, se dit très inquiet de la situation politique en Serbie, où le régime au pouvoir a repris les méthodes utilisées en son temps par Slobodan Milošević. Pourtant, en même temps, Emmanuel Macron soutient fermement Aleksandar Vucic, au nom de la stabilité… et des investissements français en Serbie.
Tiré du blogue de l’auteur.
Mr Gozi, dans un entretien que vous venez d’accorder au media serbe N1, vous partagez votre grande inquiétude quand au scenario biélorusse qui se produit actuellement en Serbie, orchestré par le parti au pouvoir et par le président de la République, Aleksandar Vučić.
Vous indiquez clairement que la rhétorique utilisé par le pouvoir est une menace explicite de guerre civile, dans un pays candidat à l’Union Européenne. Vous évoquez les revendications légitimes de justice, d’indépendance des médias, des institutions publiques dans le pays. Le Parlement Européen a bien eu plusieurs débats sur la situation, et ce depuis plusieurs années déjà. La Commission Européenne pointe régulièrement dans son rapport annuel sur la Serbie les entraves à la justice, à l’Etat de Droit, les menaces contre des journalistes, les scrutins électoraux frauduleux.
Les revendications portées dans la rue n’ont pas commencé avec l’effondrement de l’auvent devant la gare de Novi Sad le 1er novembre dernier, où 16 personnes ont perdu la vie. Elles étaient présentes bien avant. De nombreux étudiants serbes présents à l’étranger, ont manifesté à Paris, Berlin, Vienne, Rome, et même sous les fenêtres de vos bureaux du Parlement Européen.
Aujourd’hui, Mr. Gozi, exprimer votre inquiétude ne suffit plus. En tant que secrétaire général du groupe Renew Europe, vous avez un pouvoir non négligeable. Votre rôle est d’autant plus important que vous siégez au Parlement Européen en tant que député Renaissance, parti du président Emmanuel Macron.
Ce même Mr. Macron tient pourtant à démontrer son amitié avec le président Vučić. Pas plus tard que début août, le président de la République française a échangé avec son homologue serbe, répétant ce qu’il avait dit en février, ou en août 2024, que la Serbie avait un destin européen. Pourtant, dans les faits, la France demeure aujourd’hui un allié indéfectible du président serbe. Les entreprises françaises n’ont jamais autant obtenu de contrats publics. On y compte notamment Dassault et ses Rafale, Vinci et la gestion de l’aéroport de Belgrade, mais aussi Egis qui se targue de ses travaux sur la reconstruction de la gare de Novi Sad. Ce groupe, malgré sa participation au consortium et les opacités sur le contrat, n’a pas daigné répondre aux questions soulevées après la chute mortelle de l’auvent, ni aux médias ni à une justice serbe entre les mains du pouvoir.
Mr. Gozi, si vous tenez aujourd’hui réellement au destin européen de la Serbie et à la vie des citoyennes et citoyens serbes, s’inquiéter gravement n’est plus une ligne politique tenable. Vos collègues du groupe Renew Irena Joveva et Helmut Brandstätter ont soutenu la nomination des étudiants serbes au prix Sakharov du Parlement Européen. C’est un premier pas vers la reconnaissance de la légitimité de leurs demandes. En tant que député Renaissance, il est aussi de votre devoir de demander publiquement à l’ensemble de votre parti, mais aussi et surtout à Mr Macron de cesser de soutenir le régime dictatorial – n’ayons pas peur d’utiliser les mots puisque c’est vous qui comparez la Serbie à la Biélorussie – de Mr Vučić et du parti progressiste serbe (SNS).
Celui-ci se comporte non pas en garant de la stabilité, mais en agitateur permanent de haine. Est-on vraiment surpris quand on sait que ce même président fut un temps Ministre de la Propagande sous le régime de Slobodan Milošević ? Allez-vous continuer à vous indigner depuis Bruxelles, tout en tolérant que vos collègues et amis de Paris soutiennent coûte que coûte le président serbe au motif d’une stabilité érodée depuis bien longtemps ? Allez-vous fermer les yeux sur les conivences des groupes industriels français, allemands, italiens, avec le régime au pouvoir ?
Le destin européen de la Serbie se joue maintenant, et bien que ses citoyens n’attendent pas nécessairement un changement venu d’ailleurs, vous avez aussi votre importance dans les demandes citoyennes en cours et l’orientation future de la Serbie. Les personnes qui sont actuellement réprimées, arrêtées, frappées, menacées de viols, de mutilations par la police sauront s’en souvenir dans les mois à venir.
Publié sur Presse-toi à gauche (PTAG)