La campagne vicieuse et soutenue menée contre Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, par Israël et les États-Unis, inclut désormais les ministres des Affaires étrangères allemand, italien, français, autrichien et tchèque, qui exigent sa démission. Cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un effort des nations industrialisées visant à la fois à soutenir le génocide à Gaza – près de 600 Palestinien·nes ont été tué·es à Gaza depuis l’entrée en vigueur du faux cessez-le-feu – et à réduire au silence tous ceux et toutes celles qui exigent que la communauté internationale respecte l’état de droit.
La dernière attaque contre Francesca, qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne concertée visant à discréditer les organismes internationaux tels que l’ONU, repose sur une vidéo délibérément tronquée d’un discours prononcé par Francesca à Doha le 7 février, qui déforme et interprète de manière erronée ses propos. Mais la vérité, bien sûr, n’a aucune importance. L’objectif est de la réduire au silence, ainsi que tous ceux et toutes celles qui défendent les droits des Palestinien·nes.
Francesca a été inscrite par l’administration Trump sur la liste du Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor américain – normalement utilisée pour sanctionner les personnes accusées de blanchiment d’argent ou d’implication dans des organisations terroristes – six jours après la publication de son rapport intitulé « De l’économie de l’occupation à l’économie du génocide », qui répertorie les multinationales qui tirent des milliards de dollars du génocide à Gaza et de l’occupation des Palestinien·nes.
La liste du Bureau du contrôle des avoirs étrangers — utilisée par l’administration Trump pour persécuter Francesca et en violation de l’immunité diplomatique accordée aux fonctionnaires des Nations unies — lui interdit d’entrer aux États-Unis. Elle interdit à toute institution financière de l’avoir comme cliente. Une banque qui effectue des transactions financières avec Francesca se voit interdire d’opérer en dollars, s’expose à des amendes de plusieurs millions de dollars et est exclue des systèmes de paiement internationaux. Cela l’a coupée du système bancaire mondial, la rendant incapable d’utiliser des cartes de crédit ou de réserver un hôtel à son nom. Ses avoirs aux États-Unis sont gelés. Son assurance médicale a refusé de lui rembourser ses frais médicaux. Cela a conduit des institutions, notamment des universités américaines, des groupes de défense des droits humains et des ONG qui collaboraient autrefois avec elle, à rompre leurs liens, craignant de lourdes sanctions américaines. Ces sanctions font suite à celles imposées en février et juin derniers au procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan et à deux juges pour avoir émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.
En faisant de Francesca, qui reçoit fréquemment des menaces de mort, un bouc émissaire, ces gouvernements cherchent à détourner l’attention du massacre et de la catastrophe humanitaire qui se déroulent actuellement à Gaza. Ils cherchent à masquer le système d’apartheid et l’occupation illégale de la Palestine historique par Israël. Ils cherchent surtout à cacher leur complicité dans la poursuite des livraisons d’armes qui alimentent le génocide perpétré par Israël.
Le rythme du génocide a ralenti, mais il ne s’est pas arrêté. Israël a pris le contrôle de 60% de Gaza et bloque la plupart de l’aide humanitaire, y compris le carburant, la nourriture et les médicaments. Dans le même temps, Israël accélère sa mainmise sur la Cisjordanie occupée, où plus de 1 100 Palestinien·nes ont été tué·es et des dizaines de milliers ont été déplacé·es de leurs foyers depuis octobre 2023.
La campagne menée contre Francesca présage un monde terrifiant où les nations industrielles occidentales exploitent et s’attaquent aux plus faibles, où la loi est ce que les nations puissantes décident qu’elle est, où celles et ceux qui osent dire la vérité et défendre l’État de droit sont persécuté·es sans relâche, où le génocide est un outil supplémentaire dans l’arsenal utilisé pour écraser les aspirations et les droits des plus vulnérables. C’est un combat que nous devons gagner. Si nous perdons, si nous laissons des voix comme celle de Francesca être réduites au silence, nous entrerons dans une ère de sang et de terreur.
Chris Hedges
https://scheerpost.com/2026/02/17/the-increasing-attacks-on-francesca-albanese-presage-a-new-dark-age/
Traduction DE
