Idées et Sociétés, International, Politique et Social

La politique de Trump et la santé mondiale

Un an après les coupes budgétaires américaines,
des conséquences dévastatrices pour la santé mondiale et l’aide humanitaire

Un an après la signature par l’administration Trump des décrets qui ont coupé drastiquement les budgets de l’aide internationale et ont bouleversé les programmes sanitaires et humanitaires à travers le monde, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte : les conséquences néfastes de cette refonte ne font que commencer. MSF, qui n’accepte pas de financements américains, a été témoin tout au long de l’année 2025 des conséquences dévastatrices du retrait du gouvernement américain : des centres de santé ont fermé leurs portes, des médicaments vitaux sont restés bloqués dans les ports, des travailleurs de la santé ont perdu leur emploi.
« Alors que le monde est encore sous le choc de ces coupes budgétaires, il est déjà clair qu’elles ne sont que le premier pas de l’administration Trump dans la refonte de l’aide sanitaire et humanitaire mondiale », a déclaré Mihir Mankad, directeur du plaidoyer et des politiques de santé mondiale chez MSF à New York. « Les différentes administrations ont toujours eu des priorités et des programmes variés en matière de santé mondiale, mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui est une rupture choquante avec le principe fondamental selon lequel fournir des soins humanitaires de base, lutter contre les épidémies, la malnutrition et les maladies évitables par la vaccination, et soutenir les communautés les plus marginalisées sont des combats légitimes. » 

Les autres principaux bailleurs publics ne compensent pas cette perte, au contraire, notamment l’Union Européenne, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni qui ont également réduit leur budget pour l’aide internationale. 

En Somalie, les interruptions de l’aide humanitaire ont entraîné l’arrêt des livraisons de lait thérapeutique pendant plusieurs mois. Le nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère admis dans les structures soutenues par MSF est passé de 1 937 au cours des neuf premiers mois de 2024 à 3 355 au cours de la même période en 2025. Rien qu’à l’hôpital régional de Baidoa Bay, les décès d’enfants souffrant de malnutrition sévère ont augmenté de 44 % au cours du premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024, 47% des décès survenant dans les deux jours suivant l’arrivée de l’enfant en raison de la gravité de son état. 

À l’hôpital de Renk, au Soudan du Sud, des coupes budgétaires ont contraint une organisation humanitaire à brusquement cesser de soutenir financièrement 54 membres du personnel hospitalier en juin, laissant de graves lacunes dans les soins de maternité. Le service pédiatrique de l’hôpital, géré par MSF, a accueilli davantage de nouveau-nés présentant un poids extrêmement faible à la naissance ou d’autres pathologies en raison d’un manque de soins médicaux pendant la grossesse et l’accouchement. MSF a commencé à soutenir le service de maternité en septembre 2025. 

En République démocratique du Congo (RDC), le démantèlement de l’USAID a conduit à l’annulation d’une commande de 100 000 kits d’urgence pour les victimes de viol, qui comprenaient des médicaments pour prévenir le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. En RDC, les équipes de MSF constatent des niveaux extrêmement élevés de violence sexuelle : l’organisation a fourni des soins à 28 000 personnes survivantes rien qu’au premier semestre 2025, et a dû effectuer des achats imprévus de prophylaxie post-exposition (PPE) pour le VIH en réponse aux pénuries d’approvisionnement dans le Nord-Kivu. 

Ces exemples, et d’innombrables autres au cours de l’année écoulée, n’illustrent pas seulement des coupes budgétaires ; ils traduisent un changement fondamental dans la manière dont les États-Unis envisagent leur rôle sur la scène internationale. En septembre dernier, l’administration Trump a publié sa stratégie de santé mondiale « America First », qui réduit drastiquement le rôle des États-Unis dans la santé mondiale. Il s’agit d’une stratégie court-termiste, orientant la politique américaine vers une approche erronée et inefficace de la riposte aux épidémies. Cette nouvelle stratégie fait l’impasse sur les domaines clés où les États-Unis ont longtemps été un leader mondial, en particulier la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre la malnutrition et les maladies non transmissibles. Pour commencer à mettre en œuvre cette stratégie, l’administration Trump a engagé des négociations en vue de conclure une série d’accords bilatéraux avec les gouvernements bénéficiant de l’aide sanitaire étrangère des États-Unis. Ces accords constitueront la pierre angulaire d’une nouvelle approche de la santé mondiale, ouvertement transactionnelle et négociée à huis clos, sans la participation de la société civile ou des communautés dont la santé et le bien-être sont en jeu. 

L’administration Trump affirme que cette approche favorise l’appropriation nationale et renforce la souveraineté des pays. Pourtant, le gouvernement américain a simultanément fait pression sur les gouvernements bénéficiaires afin qu’ils restreignent l’accès aux services de soins selon des critères idéologiques, en particulier pour les populations marginalisées et dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. 

« L’affirmation selon laquelle ces accords renforceraient l’appropriation nationale sonne creux lorsque, dans le même temps, des responsables du département d’État expliquent ouvertement aux pays que l’aide américaine à la santé mondiale est conditionnée à leur volonté de conclure des accords sur les minerais avec les États-Unis », déclare Mihir Mankad. « L’aide à la santé mondiale devrait être guidée par les besoins de santé publique, des preuves médicales solides et l’épidémiologie ; et non par des calculs politiques, l’extraction économique ou la coercition idéologique. » 

https://www.msf.fr/communiques-presse/un-an-apres-les-coupes-budgetaires-americaines-des-consequences-devastatrices-pour-la-sante-mondiale-et-l-aide-humanitaire

******
L’OMS regrette le retrait des États-Unis et avertit de l’impact
sur la sécurité sanitaire mondiale

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a exprimé samedi ses regrets après la notification par les États-Unis de leur retrait, une décision qui, selon elle, « rend les États-Unis et le monde moins sûrs ».

Membre fondateur de l’OMS, les États-Unis ont contribué de manière déterminante à plusieurs des plus grandes réussites de l’agence onusienne, notamment l’éradication de la variole, ainsi qu’aux progrès réalisés contre de nombreuses menaces sanitaires mondiales. Celles-ci incluent la poliomyélite, le VIH, Ebola, la grippe, la tuberculose, le paludisme, les maladies tropicales négligées, la résistance aux antimicrobiens et la sécurité sanitaire des aliments.

L’OMS précise que la notification de retrait soulève des questions qui seront examinées par son Conseil exécutif lors de sa session ordinaire à compter du 2 février, puis par l’Assemblée mondiale de la Santé lors de sa réunion annuelle en mai 2026.

L’OMS dément les accusations américaines
L’OMS a pris note des déclarations du gouvernement des États-Unis affirmant que l’OMS aurait « dénigré et terni » le pays, compromis son indépendance et porté atteinte à sa souveraineté.

« L’inverse est vrai », répond l’OMS, indiquant avoir toujours cherché à « engager le dialogue avec les États-Unis de bonne foi, avec un plein respect de leur souveraineté », comme avec chacun de ses États membres.

L’OMS rejette également l’accusation selon laquelle elle aurait « poursuivi un programme politisé et bureaucratique guidé par des nations hostiles aux intérêts américains ».

Cette affirmation est qualifiée de fausse. En tant qu’institution spécialisée des Nations Unies, gouvernée par 194 États membres, l’OMS rappelle qu’elle a toujours été et demeure impartiale et qu’elle existe pour servir tous les pays, sans crainte ni faveur.

La pandémie de COVID-19
Une part importante de la déclaration est consacrée à la défense de l’action de l’OMS face aux accusations américaines de « défaillances » durant la pandémie de coronavirus – COVID-19, notamment l’entrave au partage rapide et exact d’informations essentielles.

L’OMS reconnaît que ni les organisations ni les gouvernements « n’ont tout bien fait », mais affirme qu’elle maintient sa réponse à cette crise sanitaire mondiale sans précédent. Elle indique avoir agi rapidement, partagé de manière transparente toutes les informations dont elle disposait et conseillé les États membres sur la base des meilleures données scientifiques disponibles.

L’agence onusienne précise avoir recommandé le port du masque, la vaccination et la distanciation physique, sans jamais recommander de mandats de port du masque, de vaccination ou de confinements. Elle souligne avoir soutenu les gouvernements souverains dans les décisions qu’ils estimaient être dans l’intérêt de leurs populations, tout en rappelant que ces décisions leur appartenaient.

L’OMS rappelle avoir demandé des informations à la Chine et activé son système de gestion des incidents d’urgence dès le 31 décembre 2019, après les premiers signalements de cas de   pneumonie d’origine inconnue » à Wuhan. Lorsque le Directeur général a déclaré, le 30 janvier 2020, une urgence de santé publique de portée internationale, on comptait moins de 100 cas signalés hors de Chine et aucun décès.

La porte reste ouverte à un retour des États-Unis
À la suite des examens menés sur la pandémie, y compris de la performance de l’OMS, l’agence affirme avoir renforcé ses systèmes et soutenu les pays dans l’amélioration de leurs capacités de préparation et de riposte, contribuant ainsi à protéger tous les pays, y compris les États-Unis.

L’OMS souligne par ailleurs l’engagement continu de ses États membres, qui ont adopté l’an dernier l’Accord de l’OMS sur les pandémies, appelé à devenir un instrument majeur du droit international une fois ratifié.

Les États membres négocient actuellement une annexe visant à favoriser la détection rapide des agents pathogènes et un accès équitable aux vaccins, traitements et outils de diagnostic.

Tout en regrettant la décision américaine, l’OMS indique espérer que les États-Unis reviendront à une participation active à l’avenir. Sa mission demeure inchangée : garantir « le niveau de santé le plus élevé possible, en tant que droit fondamental pour tous ».

https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158283

*-*