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Cuba. Positions et analyses

A Cuba, comme ailleurs, la démocratie et l’émancipation sociale ne passent ni par l’impérialisme ni par le capitalisme

 Publié le 20 février 2026

Le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a décidé de sacrifier la population cubaine, pour satisfaire ses appétits impérialistes, économiques et politiques. 60 ans d’embargo ne lui suffisent plus, il s’agit maintenant d’une asphyxie méthodique de l’économie. Médicaments, nourriture, énergie, c’est désormais le minimum vital qui est ciblé par l’impérialisme étatsunien. C’est la mise à mort du peuple cubain, notamment des plus pauvres qui sont déjà fort nombreux et nombreuses dans le pays.

Le gouvernement étatsunien veut faire tomber celui de Cuba et, pour cela, prend la population en otage. En agissant de cette manière infâme, Trump et consorts permettent aux dirigeants cubains de tenter de resserrer les rangs derrière eux, face au « siège extérieur ». Le régime cubain est loin de respecter les libertés et les droits pour lesquels le mouvement syndical indépendant se bat partout dans le monde. L’ONG Prisoners Defenders – qui agit aussi contre les emprisonnements politiques en Turquie, en Biélorussie, en Iran, etc. – fait était ces jours-ci de 1 207 prisonniers et prisonnières politiques dans l’île, dont 18 de plus en janvier. Mais au-delà, les arrestations arbitraires et la censure amplifient l’état de répression permanente. La « dangerosité sociale » est prétexte à répression depuis plus d’un demi-siècle.

Syndicalistes, notre préoccupation, notre solidarité et le soutien que nous pouvons apporter concernent les travailleurs et travailleuses, le peuple. La centrale syndicale unique cubaine est intégrée à l’Etat. Ce n’est pas le syndicalisme dont nous nous revendiquons. Sur le plan des libertés et des ressources pour vivre, la situation est catastrophique. Mais, à Cuba comme ailleurs, ce n’est pas à des Etats impérialistes de venir faire régner leur loi, qui ne vise nullement à améliorer les choses pour notre classe sociale.

La paix juste et durable, l’émancipation et la justice sociales ne passent ni par une « Nouvelle Gaza » ni par un « Nouveau Cuba » livrés aux capitalistes. Nous soutenons les syndicalistes indépendant·es au Venezuela ou en Iran – souvent emprisonné·es – qui agissent contre le régime en place et dénoncent l’impérialisme étatsunien. Nous soutenons les syndicalistes indépendant·es en Ukraine qui agissent contre les mesures gouvernementales et patronales et résistent militairement à l’impérialisme russe.

Pour l’Union syndicale Solidaires :

– La démocratie et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et des travailleuses de Cuba sont des exigences légitimes !

– Les pressions étatsuniennes meurtrières sont inacceptables !

Paris, le 20 février 2026

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L’Etat cubain contre ses propres principes

Madelyn Sardiñas Padrón — 20 février 2026

Au-delà des multiples signes précédents, comme pour dissiper tout doute résiduel, les contre-mesures prises par l’État cubain face à l’encerclement extérieur actuel révèlent que ceux qui dirigent se moquent éperdument du peuple et ne cherchent qu’à assurer la survie d’un régime qui a détruit un pays sans tirer un seul coup de feu. Non, ce n’est pas une exagération !

– I – Le caractère dictatorial de la Constitution de 2019

Clarifions d’abord, une fois de plus, le caractère dictatorial du système établi par la Constitution en vigueur.

L’article 1 de la Constitution de 2019 — oui, celle qu’ils ont écrite, par eux et pour eux — déclare que « Cuba est un État socialiste de droit et de justice sociale, démocratique, (…) organisé avec tous et pour le bien de tous… », tandis que l’article 3 stipule : « la souveraineté réside de manière intransférable dans le peuple, dont émane tout le pouvoir », qu’il exerce par l’intermédiaire de l’État.

Il n’est pas nécessaire d’aller très loin dans la lecture du texte pour trouver les premières preuves. L’article 5 transfère la souveraineté populaire déclarée à l’article 3 à un seul parti politique, en lui accordant le statut de force dirigeante supérieure de la société et de l’État. En résumé : l’État a un chef réel (le parti unique) et un autre fictif (le peuple).

En concentrant le pouvoir de décider du destin de tout — et de tous — entre les mains d’un petit groupe de personnes, il n’y a pas de séparation des pouvoirs de l’État, ni d’inclusion de tous, ni de garanties des droits pour tous, annulant de facto le caractère démocratique et donc le fondement même de l’État auquel se réfère l’article 1. Tout cela correspond à la définition de « dictature » donnée par l’Académie royale de la langue espagnole. 

A-t-elle été approuvée par une large majorité de Cubains ? À ce stade, j’ai des doutes, mais ce n’est pas le sujet de ce texte. Le fait est que sept ans plus tard, le contexte est différent et que ces niveaux d’approbation ne sont peut-être plus les mêmes. Il n’existe pas non plus de preuves publiques de la réalisation de sondages d’opinion à ce sujet, et encore moins d’un référendum visant à le déterminer.

– II – Les fonctions de l’État

L’article 13 de la Constitution définit comme objectifs essentiels de l’État le renforcement de l’unité nationale, le maintien de l’indépendance, de l’intégrité, de la souveraineté de la patrie et de la sécurité nationale, la garantie de l’égalité effective dans l’exercice des droits, l’assurance de la prospérité individuelle et collective, le renforcement de l’idéologie et de l’éthique socialistes et l’amélioration des niveaux d’équité et de justice sociale, entre autres.

En d’autres termes, l’État — ou plus exactement son chef, le parti unique — est chargé de garantir tous les droits (liberté, sécurité, dignité, propriété, etc.) et la prospérité pour tous, indépendamment des idées individuelles, d’éviter à tout prix le sacrifice du peuple et de le protéger contre toute menace, interne ou externe, naturelle ou artificielle.

Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples pour démontrer que l’État n’a pas réussi à atteindre les objectifs déclarés. En fait, il a fait plus pour les manquer que pour les atteindre. Pour le dire comme les dictateurs n’aiment pas l’entendre : il a échoué en tant qu’État.

Par analogie avec le football — où l’équipe gagne et l’entraîneur perd —, l’échec de l’État cubain est la responsabilité de ceux qui ont été à la tête du parti unique, en tant que chef constitutionnel de tout ce qui bouge.

Passons maintenant au vif du sujet !

– III – Réductions drastiques des services de base

Lorsque les premières pannes totales du SEN se sont produites, le premier service de base touché a été l’éducation, même aux niveaux pré-universitaires, qui sont censés être moins dépendants du service électrique. Et certains diront : « non, mais les téléclasses… ». Ce n’est un secret pour personne que ce système d’enseignement a été un fiasco, malgré les progrès technologiques qu’il aurait pu représenter.

Dans le « paquet » résultant des conditions actuelles, même les services médicaux seront considérablement réduits, en plus des transports, de l’électricité et de bien d’autres choses encore. D’ailleurs, je me demande comment ils comptent maintenir les communications, alors qu’aujourd’hui déjà, le service de téléphonie fixe disparaît dans certaines zones dès que l’électricité est coupée.

Lorsqu’un État choisit de réduire ou de supprimer des services de base comme s’il n’y avait pas d’autres options, il prend une décision contre le peuple. Il ne le protège pas, il gère simplement sa précarité comme une garantie pour conserver les privilèges de ceux qui détiennent le pouvoir. L’État qui fait passer son idéologie avant la vie elle-même ne fait pas seulement preuve d’un manque de respect envers le peuple, il le méprise.

Le discours justificatif est quelque chose comme : « Vous voyez ? À cause des méchants, il n’y a pas d’autre choix que de se serrer la ceinture ». Faux ! Il y a d’autres options ! Ils pourraient commencer par abandonner leur monopole. On sait depuis longtemps que l’embargo – désormais un véritable blocus – visait les entreprises publiques et les « entreprises privées sous couverture publique », ou vice versa, mais ils n’ont jamais rien lâché et n’ont pas l’intention de le faire.

Il n’est pas digne de parcourir le monde en mendiant des miettes alors qu’il existe d’autres moyens de résoudre les problèmes. En attendant, où est la prospérité individuelle et collective promise par l’article 13 ?

– IV – La défense comme priorité

C’est un secret de polichinelle que l’armée américaine surpasse largement celle de Cuba. Consciente de son incapacité à survivre au premier « coup », la rhétorique guerrière inonde les discours grandiloquents qui appellent à la « guerre de tout le peuple » comme stratégie et tactique de résistance.

Et voyez comme c’est curieux ! On invoque le droit international, mais il s’avère que cette doctrine est en contradiction flagrante avec les traités internationaux sur la protection des civils dans les conflits armés (tels que les Conventions de Genève), qui stipulent que la population non combattante doit être protégée et non utilisée comme ressource militaire. 

L’État qui se déclare prêt à affronter Washington prévoit de le faire en transformant le peuple en chair à canon. Où est le droit à la vie que l’État et son chef réel doivent garantir ?

Mais cela ne s’arrête pas là ! Après avoir détruit le pays et dilapidé des crédits de plusieurs millions – allez savoir dans quoi –, le peu qui reste est utilisé pour la préparation de cette « armée de tout le peuple ». Sans aucune honte, ils diffusent à la télévision des images qui, loin de susciter l’empathie, la solidarité ou la fierté, sont une source d’inspiration pour les mèmes.

Dans les quartiers, ceux qui le peuvent s’efforcent désespérément de remplir leur garde-manger, comme s’ils se préparaient au passage d’un ouragan, avec l’espoir, ou la certitude, qu’il n’y aura pas d’agression, ou que les opérations militaires, s’il y en a, seront chirurgicales.

Si l’on remonte à l’origine de la situation actuelle, mis à part les différends historiques, Cuba mène une politique étrangère incohérente :

Elle soutient certaines guerres de conquête et en condamne d’autres, en fonction d’affiliations idéologiques et d’intérêts géopolitiques étrangers et économiques propres, exacerbant les conflits et créant de nouvelles querelles.

La libre entrée au Nicaragua, qui a provoqué la plus grande vague migratoire de Cubains, était manifestement une décision négociée. Aucun État n’est assez « aimable » pour prendre une telle décision de son propre chef. Tout en soulageant la pression et en jetant les bases d’une diaspora « coopérative », cela a également créé une crise migratoire pour le pays d’accueil, favorisé l’essor des réseaux de trafic d’êtres humains et permis à Dieu sait combien d’espions d’entrer aux États-Unis.

Les conseillers du renseignement et même les forces de sécurité personnelles cubaines pullulent dans diverses parties du monde. La dernière « explosion » en date s’est produite le 3 janvier dernier, lorsqu’une trentaine de Cubains – qui « n’étaient pas là », selon le discours officiel – ont perdu la vie, non pas dans un acte héroïque, mais à cause d’une décision irresponsable de l’État cubain, prise à l’insu du peuple.

On ne peut donc pas s’attendre à des roses de la part de ceux à qui l’on offre des épines.

Ces incohérences en matière de politique étrangère ne renforcent pas la sécurité nationale, elles la compromettent. En soutenant certaines guerres et en condamnant d’autres selon sa convenance idéologique, l’État se fait des ennemis gratuits et expose le pays à des représailles. La promotion des réseaux criminels internationaux — intentionnelle ou non — a mis en péril tant l’intégrité interne que l’image externe. En exportant des conseillers et des gardes dans des conflits étrangers, il détourne des ressources vitales et expose des vies cubaines dans des scénarios où il ne défend pas la patrie, mais des intérêts étrangers ou propres, jamais ceux du peuple.

Tout cela est contraire à l’article 13 de la Constitution, qui oblige à « maintenir l’indépendance, l’intégrité et la souveraineté de la patrie ». Au lieu de la protéger, ils la compromettent par des alliances et des décisions irresponsables qui mettent en danger des vies cubaines dans des conflits étrangers, transformant la sécurité nationale en un concept vide de sens.

À l’intérieur des frontières, l’ouverture du couloir migratoire à travers le Nicaragua a été une attaque réussie contre l’unité nationale. L’exode massif qui en a résulté a divisé les familles, détruit la main-d’œuvre qualifiée, vieilli la population, précarisé la vie de ceux qui sont restés et pratiquement enterré la cohésion sociale naissante. L’article 13 parle de renforcer l’unité, mais l’État l’a sacrifiée au profit de sa survie politique.

En résumé, le régime expose le peuple tout en assurant sa permanence. Et cela, pour le dire sans détours, c’est du mépris.

– V – Assurer l’ordre intérieur 

L’histoire montre l’augmentation de la criminalité dans les contextes de conflits armés. Mais à Cuba, pour ceux qui détiennent le pouvoir, l’ordre intérieur était, est et sera l’obéissance aveugle. Par conséquent, même sans déclaration formelle d’état de guerre, la répression de la dissidence s’est intensifiée après le 3 janvier 2026, avant même que les États-Unis ne dirigent leurs forces vers l’île.

Il ne s’agit même pas de réprimer des manifestations de masse dans les rues. Sous le prétexte supposé de « propagande ennemie » ou « contre l’ordre constitutionnel », ils arrêtent des personnes en pleine rue ou chez elles ; ils les convoquent, les interrogent, les menacent et les « avertissent » ; ils les empêchent de se déplacer librement ou leur intentent des poursuites pénales.

Et ils ont encore le culot d’affirmer à la télévision qu’à Cuba, les opposants ne sont pas persécutés. Rien d’autre qu’une mythomanie à son apogée !

Le même État qui se dit prêt à dialoguer avec son ennemi extérieur transforme la critique de ses citoyens en menace afin de fabriquer un ordre intérieur fictif. Il se vante de la paix intérieure, tout en éliminant les voix dissidentes de l’espace public, imposant un calme factice à coups de bâillon. 

L’État chargé de renforcer l’unité nationale et de garantir la jouissance égale des droits individuels est incapable de reconnaître le droit de chacun à penser par soi-même et à s’exprimer, à lutter pour ce en quoi il croit. Il ne reconnaît pas non plus que ceux qui prônent un ordre différent sont aussi cubains, qu’ils font partie de ce souverain de l’article 3 de la Constitution, dont l’article 5 fait un chef de carton. En réalité, il ne cherche qu’à imposer l’idéologie que le chef réel prétend professer, mais qu’il met très peu en pratique. 

Avec les ressources consacrées à la persécution des opposants, ils pourraient ramasser les énormes tas d’ordures qui jonchent les rues, ou garantir le transport des patients, voire même les services funéraires, qui sont depuis longtemps délabrés.

Au lieu de persécuter les opposants et de réclamer un dialogue entre égaux fondé sur le respect mutuel à l’extérieur, ils devraient garantir un dialogue national — pas les mascarades organisées après le 11 juillet, mais un véritable dialogue —, reconnaître leur responsabilité dans la débâcle que connaît Cuba, supprimer le monopole du parti unique dans la Constitution et disputer leur maintien au pouvoir lors d’élections libres. Voilà ce que ferait un État qui se soucie de son peuple !

Mais non. Cela ne fait pas partie de leurs « plans stratégiques » car, évidemment, cela mettrait en péril leur maintien au pouvoir.

– VI – L’habitude de mentir

Techniquement connue sous le nom de mythomanie, l’habitude de mentir est considérée comme un trouble de la personnalité. L’État cubain n’est pas seulement peu transparent, il invente des mensonges auxquels même ses membres ne croient pas. L’auto-victimisation et le soutien populaire sont présentés comme les points clés à simuler en communiquant dans un langage grégaire. Ils vont même jusqu’à impliquer tout le peuple, sans même l’en informer.

Les exemples sont nombreux en soixante ans et quelques. Dans les sections précédentes, nous en avons évoqué quelques-uns, mais celui qui est présenté ci-dessous est le diamant du coffret à bijoux, un trois en un, incroyable !

Dans une interview accordée à CNN, le chef de la section américaine du MINREX a affirmé qu’il n’y avait pas de présence militaire cubaine au Venezuela, car il n’y avait ni régiments, ni bataillons, ni technologie militaire cubaine, mais seulement un service de sécurité personnelle payé par l’État cubain, que le peuple cubain soutenait et dont il était fier.

Pour commencer, selon les chiffres officiels, trente-deux personnes ont été tuées lors de l’opération militaire du 3 janvier au Venezuela, et les « mauvaises langues » ont dit qu’il y avait aussi des prisonniers. Sans compter tout l’appareil d’espionnage intégré dans les missions techniques, ces trente-deux personnes représentent à elles seules un peloton de trois escouades de dix soldats chacune et leurs chefs. Fin de ce mensonge ! De plus, ils ne diront jamais la vérité de leur plein gré.

Un service étranger au président d’un pays, payé par celui qui le fournit alors qu’il existe d’autres pays mieux dotés et mieux préparés, le Venezuela étant la vache à lait du moment ? Pas question !

Pour couronner le tout, le peuple cubain a soutenu et était fier de quelque chose qu’il ne connaissait même pas, transformant le mensonge en fierté nationale. Fin !

Un autre exemple récent est le démenti catégorique des pourparlers entre Cuba et les États-Unis. Trump affirme qu’ils ont lieu, Díaz Canel le nie, et les médias étrangers rapportent des rencontres entre Alejandro Castro Espín, ou son neveu Raúl Guillermo Rodríguez Castro (el Cangrejo), avec une personne qui n’a pas encore été dévoilée publiquement, ou avec Marcos Rubio, pour négocier quelque chose qui relève encore de la spéculation.

Enfin, la vérité ou les vingt pesos ? Pendant ce temps, la presse officielle cubaine, incapable de faire du journalisme, se contente de la version réduite fournie par le pouvoir.

Dans le contexte actuel, le mensonge le plus impitoyable est de vendre ce paquet de contre-mesures comme le seul moyen de salut possible. Cela peut fonctionner pour eux ; sinon, ils s’enfuiront, tout simplement. Mais pour le peuple, ils ne laissent aucune alternative.

Mentir, surtout de manière éhontée, est un signe de manque de respect envers l’intelligence d’autrui. Lorsque même la crédibilité du mensonge n’a plus d’importance, c’est un signe de mépris total envers les personnes, qui s’accentue à mesure que cela devient habituel.

Un État qui se soucie de son peuple ne lui cache pas d’informations, et encore moins ne lui ment. Mais lorsque sa survie est l’enjeu principal, dire la vérité devient dangereux, surtout s’il sait que cela suscitera le rejet. Le plus drôle, c’est qu’il se justifie par la sécurité nationale, alors qu’il la met en péril. Pour ceux qui dirigent, mentir habituellement, plus qu’un trouble de la personnalité ,c’ est un sport, un outil utilisé consciemment pour se maintenir au pouvoir.

Mentir, réprimer et exposer le peuple : tel est le véritable plan stratégique. Il ne s’agit pas de sécurité nationale, mais de survie du pouvoir.

– VII – Que ferait un État qui respecte et protège ses citoyens ?

Outre ce qui a été mentionné dans les paragraphes précédents, un État qui respecte, apprécie et protège ses citoyens ferait au minimum ce qui suit :

Au lieu de limiter les services de base, il abandonne le monopole sur tout et supprime les interdictions absurdes d’activités économiques dans le secteur privé, telles que la production et la distribution d’électricité, l’importation et la commercialisation de combustibles fossiles, les télécommunications, l’éducation, l’importation à des fins commerciales, entre autres. En d’autres termes, il libère les forces productives.

Au lieu d’imposer l’unité nationale autour d’une « idéologie », il supprime le système de parti unique et, avec lui, le droit odieux de l’article 4 de la Constitution (s’ils ont pu changer l’âge du président d’un trait de plume, ils peuvent aussi faire cela), et dispute son accès au pouvoir dans le cadre d’élections libres et transparentes. En d’autres termes, il respecte la pluralité qui caractérise toute société. De plus, dans l’état actuel des choses, il convoquerait une Assemblée constituante qui garantirait l’indépendance des pouvoirs de l’État.

Il ne gaspille pas les talents humains en provoquant des exodes massifs ou en inventant des délits pour emprisonner les opposants.

Au lieu de chercher à « dialoguer » avec Washington, il encourage et maintient des mécanismes actifs qui garantissent un véritable dialogue national.

Au lieu d’affirmer qu’il bénéficie du soutien populaire et de parler de résistance créative, il demande au peuple, dans le cadre d’un référendum transparent, s’il est prêt à gaspiller la seule vie qu’il a pour défendre quelque chose qui le méprise.

Il protège la population en tant que civils, il ne l’expose pas comme de la chair à canon, il respecte les traités internationaux et fait passer le droit à la vie et à la sécurité avant la rhétorique militaire.

Il garantit la liberté de la presse, au lieu de persécuter les journalistes.

Il applique le droit international de manière cohérente et ne transfère pas au peuple la responsabilité de ses décisions en matière de politique étrangère.

Il agit en toute transparence et, surtout, ne ment pas effrontément.

Rien de tout cela ne dépend d’un agenda étranger, mais de la volonté des Cubains. Rien de tout cela ne trahit le peuple ; au contraire, cela lui offre les opportunités qui lui ont été refusées pendant des années.

En résumé, un gouvernement qui se soucie de son peuple ne gère pas la précarité et ne fabrique pas de mythes : il instaure la confiance, protège l’essentiel et laisse place à la critique comme moteur d’amélioration. En d’autres termes, lorsque la priorité est le peuple, les politiques sont conçues pour le soutenir. En revanche, si la priorité est le pouvoir, les politiques sont conçues contre les citoyens. 

Et c’est là tout le sens du paquet de mesures actuel. Semblable aux politiques d’austérité qui ont été tant critiquées par d’autres gouvernements et qui progressent depuis des années à Cuba – même sans canons pointés –, il transforme une menace pour la survie du régime en une agression directe contre le peuple. Au passage, en endossant le rôle de victime, il cherche à regagner le soutien international, mis à mal par les scandales les plus récents et la multiplication des dénonciations de violations des droits humains.

Ce qui est décidé au nom de la défense de la souveraineté dramatise un état de guerre, plus théâtral que militaire, tout en renforçant le discours sur l’insécurité interne. Cela permet de justifier la militarisation des rues et, en même temps, de projeter une image de fermeté à l’extérieur. Ironiquement, alors que le gouvernement se déclare prêt à affronter Washington, il occulte la guerre quotidienne contre les citoyens : pénuries, coupures d’électricité, répression. 

Chaque action de l’État contribue moins à la réalisation des objectifs énoncés à l’article 13. Au lieu de défendre la souveraineté, il la vide de son contenu ; au lieu de garantir la liberté, il l’étouffe ; au lieu de promouvoir le bien-être, il le réduit ; au lieu d’assurer l’égalité, il impose l’obéissance. Le peuple reste le chef de carton, tandis que le parti unique s’accroche comme chef réel. Et avec cela, une chose est claire : ces gens se fichent complètement du peuple. Tout ce qu’ils cherchent, c’est gagner du temps pour rester au pouvoir.

https://www.cubaxcuba.com/blog/estado-cubano-constitucion-2019

Traduction pour Réseau Bastille

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