International

Chine. Les démonstrations de solidarité de Xi Jinping

3 FÉVRIER 2026 

Pour célébrer les 30 ans de « partenariat » avec la Russie

par Andrea Ferrario

Nous continuons à suivre les implications internationales et internes des purges qui ont frappé les hauts responsables militaires chinois le 24 janvier. Nous nous concentrons ici sur un élément important et négligé par les médias : la série de trois réunions de haut niveau entre des représentants chinois et russes qui ont eu lieu en l’espace de quelques jours immédiatement après l’annonce de l’ouverture d’une enquête sur Zhang Youxia et Liu Zhenli.

Le 26 janvier, les ministres de la Défense Dong Jun et Belousov se sont entretenus, le 31 janvier, les vice-ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont consultés, et le 1er février, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le conseiller à la sécurité nationale russe Shoïgu se sont rencontrés. La mobilisation simultanée des trois piliers institutionnels – défense, affaires étrangères, sécurité – constitue une réponse coordonnée à l’affaiblissement sans précédent de la Commission militaire centrale chinoise, désormais réduite à seulement deux membres : Xi Jinping et Zhang Shengmin. Le message est double : à l’intérieur, le commandement reste fermement entre les mains de Xi, à l’extérieur, la capacité de coordination stratégique internationale n’est pas compromise par la tempête qui sévit au sommet.

Ces rencontres s’inscrivent dans le cadre du double anniversaire que Pékin et Moscou célèbrent cette année, à savoir les trente ans du partenariat stratégique et les vingt-cinq ans du traité de bon voisinage. Mais la coïncidence temporelle avec les purges révèle une fonction politique plus immédiate. Xi a besoin de stabilité extérieure alors que le système militaire est en pleine tempête, et l’axe avec une Russie économiquement dépendante de Pékin offre des avantages asymétriques : la guerre en Ukraine continue de servir les intérêts chinois en tant que banc d’essai pour les drones et les technologies militaires et maintenant une diversion pour les ressources occidentales. Le contexte créé par Trump, de l’enlèvement de Maduro aux revendications sur le Groenland, oblige Xi à montrer que le renforcement de l’axe avec Moscou compense les vulnérabilités internes. Ce n’est pas un hasard si, au cours de la même période, le 29 janvier, Xi a rencontré de manière conciliante le Premier ministre britannique Starmer : bien que prévue avant les purges, cette rencontre est une démonstration de sécurité et de normalité.

Le contenu concret des réunions révèle une stratégie précise. Sur le plan opérationnel, Dong Jun et Belousov se sont engagés à « enrichir la coopération pratique » dans le cadre d’opérations conjointes et de la formation du personnel. Un renforcement des exercices militaires communs permet à Xi de maintenir l’activité internationale de la PLA ( armée populaire de libération) tout en reconstruisant les sommets internes. Sur le plan politique, Shoïgu a réaffirmé le soutien explicite de Moscou à Taïwan au moment même où Xi est le plus vulnérable sur le plan interne, tout en reconnaissant le gouvernement de la République populaire comme « seul gouvernement légitime » et dénonçant les « mal intentionnés » qui déstabilisent le détroit.

Les consultations des vice-ministres ont ensuite entériné l’opposition commune à la « militarisation de l’Asie-Pacifique » par « l’Occident collectif », y compris les tentatives de déploiement d’infrastructures militaires standard de l’OTAN dans la région. Cette coordination anti-occidentale offre à Xi le discours extérieur nécessaire pour légitimer la centralisation du pouvoir interne en réponse aux menaces extérieures, transformant ainsi une crise de commandement en une occasion d’alignement stratégique avec Moscou.

Traduction ML